Et si l’odeur du cidre remplaçait bientôt celle des bûches ? En 2026, les restes de pommes rejetés par les pressoirs se pressent en briquettes capables de réchauffer la maison tout en épargnant les forêts. Plongée dans une innovation qui transforme un simple déchet fruitier en énergie propre et accessible.
De la pulpe de pomme au combustible propre
Une ressource oubliée valorisée
Pépins, peaux et pulpe de pomme finissaient jusqu’ici dans les bennes des producteurs de cidre. Désormais ces rebuts se transforment en briquettes de chauffage performantes. Le procédé imaginé par l’entrepreneur argentin José Alberto Aramberri s’inscrit dans une logique d’économie circulaire : un déchet organique trouve une seconde vie utile dans nos poêles domestiques. En remplaçant une partie du bois ou des pellets, ces briquettes issues de la filière cidricole allègent la facture énergétique tout en réduisant l’impact sur les forêts.
Processus de fabrication basse énergie
La méthode se distingue par une consommation énergétique minimale. Les résidus de pommes sont d’abord récupérés puis étalés pour un séchage naturel au soleil, sans recours à l’électricité ni aux combustibles fossiles. Une fois l’humidité éliminée, la matière est simplement compactée pour former des briquettes prêtes à l’emploi, sans additif chimique. Cette chaîne de production tirant parti d’une énergie gratuite limite les coûts et garantit un combustible 100 % renouvelable, propre de la récolte à la flambée.
Empreinte carbone réduite et forêts préservées
Comparatif émissions vs pellets
Passer des granulés de bois aux briquettes issues des résidus de pomme change la donne sur le plan environnemental. Là où les pellets entraînent l’abattage d’arbres et un bilan CO₂ lié à l’exploitation forestière, le nouveau combustible se contente de valoriser un co-produit de la filière cidricole déjà disponible. Aucun arbre supplémentaire n’est coupé ; on détourne simplement de la poubelle pulpe, peaux et pépins qui auraient fini en déchet. Résultat : moins de carbone libéré, moins de pression sur les forêts et une logique circulaire qui réduit aussi les kilomètres parcourus par la matière première.
Les premières évaluations montrent une émission de gaz à effet de serre notablement inférieure à celle dégagée par la combustion de pellets classiques à composition entièrement ligneuse. Pour les particuliers, cela se traduit par un chauffage à la fois économique et respectueux de l’environnement, sans compromis sur le confort thermique.
Un séchage solaire sans énergie fossile
Le secret de la performance environnementale de ces briquettes tient aussi à leur mode de préparation. Les résidus de pomme sont étalés puis séchés uniquement grâce à la chaleur du soleil. Aucun brûleur, aucune chaudière ni même électricité gourmande en charbon ou gaz : le processus mise sur une déshydratation naturelle, gratuite et renouvelable.
Cette étape décisive permet de baisser encore l’empreinte carbone globale, car le séchage est souvent la phase la plus énergivore dans la fabrication de combustibles. Ici, la chaleur solaire fait tout le travail, laissant un produit final sec, dense et prêt à brûler proprement, sans que le producteur n’ait consommé le moindre litre de fioul ou de kilowatt issu d’une centrale fossile.
Utilisation facile dans les foyers
Compatibilité avec poêles et chaudières classiques
Ces briquettes issues des résidus de pommes ont été pensées pour s’insérer dans le quotidien sans contrainte technique. Leur format reprend celui des granulés ou des petites bûches compressées, de sorte qu’elles se glissent directement dans la plupart des poêles et chaudières déjà présents dans les maisons. Aucun réglage particulier n’est requis : l’utilisateur alimente simplement son foyer comme il le ferait avec un combustible traditionnel. Cette compatibilité immédiate limite les investissements annexes et facilite l’adoption par les ménages qui souhaitent tester une énergie plus verte sans changer d’équipement.
Performance calorifique et stockage simplifié
Une fois sèches grâce au procédé de déshydratation solaire, les briquettes affichent un taux d’humidité très faible ; elles brûlent donc de manière régulière et libèrent une chaleur constante, suffisante pour chauffer un logement dans des conditions comparables aux pellets classiques. Leur densité élevée réduit le volume nécessaire au rangement. Entreposées dans des sacs ou des caisses, elles prennent moins de place que des bûches de bois et ne produisent ni poussière ni résidus collants, ce qui simplifie le stockage dans un garage ou un local à charbon existant. Les foyers y gagnent ainsi en praticité et en confort d’utilisation au quotidien.
Changer les habitudes : accompagner la transition
Sensibiliser les ménages et les collectivités
Pour que les briquettes issues de la pomme trouvent naturellement leur place dans les foyers, l’information doit précéder l’innovation. Producteurs cidricoles, communes rurales et associations de consommateurs multiplient déjà les démonstrations : ateliers de fabrication, visites de séchoirs solaires, tests grandeur nature dans des poêles classiques. Ces rendez-vous concrets rassurent sur la simplicité d’usage et illustrent, chiffres à l’appui, la baisse de la facture énergétique.
Au-delà des particuliers, les collectivités locales se sentent directement concernées. Elles disposent d’un double levier : orienter leurs propres chaufferies vers ce combustible et relayer les bonnes pratiques auprès des habitants. Campagnes d’affichage, info-lettres municipales ou stands lors des marchés hebdomadaires rappellent qu’un déchet agricole peut devenir une ressource locale, propre et renouvelable.
Le rôle des incitations financières
L’atout prix est déjà un argument de poids : provenant d’une matière première gratuite et séchée au soleil, les briquettes atteignent un coût au kilowattheure largement inférieur à celui des granulés conventionnels. Pour accélérer la bascule, plusieurs leviers financiers sont envisagés ou expérimentés : remises accordées par les coopératives cidricoles, tarifs préférentiels négociés par les collectivités pour des achats groupés, voire exonération ou taux réduit de certaines taxes énergétiques.
Ces coups de pouce complètent les aides publiques existantes à la transition énergétique : primes à la conversion d’appareils de chauffage ou micro-crédits bonifiés destinés aux ménages modestes. Additionnés à l’économie réalisée sur la consommation annuelle, ils raccourcissent nettement le temps de retour sur investissement et rendent le passage à ce combustible plus accessible pour tous.
Quelles opportunités pour le mix énergétique ?
Contribution à l’économie circulaire locale
Les briquettes issues des résidus de pomme complètent idéalement le bouquet d’énergies renouvelables déjà disponibles. En transformant pulpe, pépins et pelures – autrefois considérés comme de simples déchets – en combustible performant, la filière cidricole boucle la boucle : elle réduit ses volumes de rebuts, économise sur les frais d’évacuation et fournit aux habitants un chauffage bas carbone. Tout se passe à proximité des vergers ou des ateliers de pressage, limitant les transports et ancrant la valeur ajoutée sur le territoire.
Cette logique de boucle courte profite aussi aux collectivités. Les mairies et intercommunalités, souvent en quête de solutions pour gérer les bio-déchets, trouvent ici une alternative vertueuse qui diminue la dépendance aux combustibles importés. Chaque tasse de cidre bue localement devient ainsi, indirectement, une calorie de chaleur disponible pour l’hiver suivant : un bel exemple d’économie circulaire appliquée à l’énergie.
Scalabilité de la production
La méthode décrite par l’entrepreneur argentin repose sur des étapes simples – pressage, séchage solaire puis compactage – qui ne nécessitent ni infrastructure lourde ni technologie complexe. Cela permet d’envisager un passage rapide du stade artisanal à des unités plus industrielles, proportionnellement au gisement de matière première disponible. Plus le volume de pommes transformées est élevé, plus la capacité de production augmente sans surcoût énergétique majeur grâce au soleil qui assure la phase de séchage.
Cette modularité ouvre la voie à des implantations multiples : un petit atelier auprès d’un producteur, une coopérative pour regrouper les déchets de plusieurs cidreries, voire une unité semi-industrielle desservant tout un bassin de consommation. À chaque échelle, le principe reste le même : valoriser une ressource jusque-là négligée pour alléger la facture énergétique des foyers et diversifier durablement le mix de chauffage.
Retombées sociales et économiques positives
Création d’emplois dans les territoires cidricoles
La transformation des résidus de pommes en briquettes mobilise une chaîne d’activités entièrement locale : collecte des déchets dans les cidreries, séchage solaire, broyage, compression puis distribution. Chacune de ces étapes requiert des bras et des compétences nouvelles, créant ainsi des postes non délocalisables dans des zones rurales souvent en manque d’opportunités.
Les producteurs de pommes, jusque-là contraints de gérer leurs déchets à perte, bénéficient désormais d’un revenu complémentaire en valorisant pulpes, pépins et peaux. Cette manne redynamise l’économie de proximité et consolide le tissu social : coopératives agricoles, ateliers de transformation et petits transporteurs travaillent main dans la main autour d’une ressource qui, hier encore, finissait au rebut.
Réduction de la précarité énergétique
Parce que la matière première est gratuite et que le séchage s’effectue au soleil, le coût final des briquettes reste nettement inférieur à celui des bûches ou des granulés conventionnels. Pour les ménages, surtout les plus vulnérables, cela signifie une facture de chauffage allégée et moins exposée aux variations du marché des énergies.
En offrant un combustible performant, propre et abordable, la filière cidricole contribue donc à limiter la précarité énergétique : les foyers disposent d’une solution locale pour se chauffer correctement sans sacrifier d’autres dépenses essentielles. À l’échelle des territoires, cet accès facilité au confort thermique améliore le bien-être et la cohésion sociale.
En transformant le dernier verre de cidre en première flambée de l’hiver, la filière prouve qu’un simple changement de regard peut réinventer notre rapport à l’énergie. Si chaque pépin devient calorie, chaque territoire dispose déjà d’un gisement de chaleur à portée de main. Reste à embraser la volonté collective pour que, demain, les cheminées crépitent au rythme des vergers et non des tronçonneuses.










