Cachées sous nos pas les solives portent bibliothèques canapés et souvenirs sans jamais se montrer. Mal dimensionnées elles grincent fléchissent ou fissurent les murs mais bien calculées elles transforment le moindre grenier en étage de confort. Ce guide pratique livre aux rénovateurs toutes les clés pour choisir la bonne section et l’entraxe idéal afin qu’un plancher bois reste plat silencieux et sûr du premier au dernier clou.
Solivage bois : définition et fonctions
Le solivage correspond à l’ossature en bois qui soutient un plancher et lui assure une surface parfaitement plane. En réunissant plusieurs pièces parallèles, cette structure répartit de fortes charges sur des portées parfois importantes, un atout apprécié dans les bâtiments anciens mais toujours pertinent aujourd’hui. Bien dimensionné, le solivage garantit la stabilité du plancher et la sécurité des occupants.
Éléments constitutifs d’un solivage
L’ossature se compose avant tout de pièces de bois disposées côte à côte : les solives. Positionnées à intervalle régulier, elles constituent la trame porteuse qui reçoit directement le plancher. Chaque solive repose à ses extrémités sur des appuis latéraux — poutre maîtresse, mur porteur ou sablière — de façon à maintenir l’ensemble à la même hauteur. L’homogénéité de ces éléments, leur section et leur entraxe conditionnent la résistance globale de l’ouvrage.
Principes de transmission des charges
Le fonctionnement d’un solivage est comparable à un partage de charges en cascade. Les sollicitations issues de l’usage courant (mobilier, circulation, cloisons) se répartissent d’abord sur le plancher puis se transmettent à chacune des solives. Celles-ci reportent ensuite ces efforts vers leurs points d’appui, lesquels canalisent enfin la charge vers la structure porteuse du bâtiment. Cette chaîne de transfert garantit que la charge importante supportée sur de longues distances se diffuse sans point de faiblesse, maintenant le plancher rigide et stable.
Charges à prendre en compte et références normatives
Charges permanentes et d’exploitation
Avant de choisir la section des solives, on additionne deux familles de charges. Les charges permanentes regroupent tout ce qui restera en place tout au long de la vie de l’ouvrage : poids propre des solives, du platelage, du plafond éventuel, de l’isolation ou encore des cloisons légères. Dans l’habitation courante, le guide retient une valeur moyenne d’environ 120 kg/m² pour ce lot « mort ».
À ces poids fixes s’ajoutent les charges d’exploitation, c’est-à-dire les sollicitations liées à l’usage futur du plancher. Les valeurs sont imposées par la réglementation : 150 kg/m² pour une pièce de vie, 200 kg/m² pour un couloir ou un espace de rangement, et nettement plus pour un local de stockage. C’est la somme de ces deux familles (permanentes + exploitation) qui sert de base aux calculs de flèche et de résistance.
Règles et tableaux de calcul usuels
Le dimensionnement d’un plancher bois s’appuie aujourd’hui sur l’Eurocode 5 (NF EN 1995-1-1) et, pour les travaux courants, sur le DTU 51.3 « Planchers en bois ou à base de bois ». Ces documents fixent les valeurs minimales de charges ainsi que les limites de flèche admissibles (portée/300 pour un plancher courant, portée/500 pour un ouvrage exigeant un confort accrue).
Pour simplifier la mise en œuvre sur chantier, l’article fournit des tableaux de correspondance : on y lit directement la section et l’entraxe des solives en fonction de la portée et de la charge globale retenue. Par exemple, une solive de 63 × 175 mm posée tous les 40 cm couvre 4 m de portée sous 270 kg/m², tandis qu’une 75 × 225 mm accepte 5 m pour la même charge. Ces abaques, issus des textes normatifs et contrôlés par les fabricants, constituent la référence pratique des charpentiers et des autoconstructeurs.
Calcul de la section des solives pas à pas
Déterminer la portée et la flèche admissible
Le point de départ consiste à mesurer la distance libre qui sépare les deux appuis sur lesquels reposera chaque solive : c’est la portée. On retient toujours la valeur la plus défavorable, c’est-à-dire la plus grande distance entre murs ou poutres porteuses. À partir de cette longueur, on vérifie la flèche admissible, c’est-à-dire la déformation maximale tolérée sous charge. Les abaques de solivage indiquent le rapport à respecter entre la portée (L) et la flèche (f). Tant que la flèche calculée reste inférieure à la limite figurant dans ces tableaux, la solive conserve sa rigidité et le plancher demeure confortable à l’usage.
Choisir essence et dimensions optimales
Une fois la portée et la flèche connues, on sélectionne l’essence de bois : résineux courants (sapin, épicéa) pour les travaux classiques, douglas ou chêne lorsque l’on recherche une meilleure résistance mécanique ou une durabilité plus élevée. Chaque essence possède une contrainte admissible propre, reprise dans les tableaux de calcul. On trace ensuite la section minimale qui répond aux charges prévues : largeur et surtout hauteur de la solive sont ajustées jusqu’à satisfaire la flèche limite. Plus la portée est importante, plus la hauteur devra augmenter ; inversement, sur une petite portée, une section plus faible suffit. En pratique, on privilégie toujours une hauteur majorée plutôt qu’une largeur excessive, car une pièce plus haute fléchit moins et réduit le poids total du plancher.
Espacement et entretoisement des solives
Influence de l’entraxe sur la résistance
L’écart entre deux solives, appelé entraxe, détermine directement la capacité du plancher à reprendre les charges réparties. Plus cet entraxe est réduit, plus les efforts se partagent sur un nombre important de pièces et moins chaque solive travaille. À l’inverse, un espacement trop important augmente la flèche et peut générer des vibrations désagréables. Les abaques de calcul proposés dans les guides de solivage fixent ainsi des valeurs d’entraxe usuelles (souvent 40 cm ou 50 cm) à respecter en fonction de la portée et de la section choisies. Ajuster ce paramètre permet donc de jouer à la fois sur la rigidité du plancher et sur l’économie de matériau : resserrer l’entraxe peut autoriser une section plus modeste, tandis qu’un entraxe large impose des solives plus fortes.
Mise en œuvre des entretoises et fixations
Les entretoises – ou entretoisements – sont de courtes traverses disposées perpendiculairement aux solives pour empêcher leur déversement et homogénéiser la répartition des charges. Elles se placent généralement à mi-portée, et parfois en deux ou trois lignes pour les longues travées. Clouées ou vissées bord à bord, elles constituent un blocage efficace contre le flambement latéral. Sur les extrémités, chaque solive est reprise par un sabot métallique ou un ancrage dans la muralière, fixé par des pointes annelées ou des tirefonds adaptés à l’essence employée. Le respect d’un alignement rigoureux, la coupe d’équerre et un serrage franc des fixations garantissent la continuité de l’ouvrage et la bonne distribution des efforts dans toute la surface du plancher.
Typologies de solives et critères de choix
Bois massif, lamellé collé et bois composite
Le guide rappelle que trois grandes catégories de solives sont couramment utilisées. Les solives en bois massif (épicéa, sapin, douglas ou chêne) constituent la solution traditionnelle : elles sont simplement sciées dans la bille et posées après séchage. Viennent ensuite les poutres en lamellé collé, obtenues par collage de fines lamelles disposées parallèlement au fil du bois ; cette technique améliore la tenue mécanique et la stabilité dimensionnelle. Enfin, le texte mentionne les bois composites – poutres en I, lamibois (LVL) ou assemblages OSB – qui combinent plusieurs dérivés du bois pour accroître le rapport résistance/poids et permettre de grandes portées.
Avantages et limites de chaque solution
Le choix se fait d’abord selon la portée à franchir et la charge à reprendre :
- Bois massif : économique, facilement disponible et simple à mettre en œuvre, il reste sensible aux variations d’humidité et atteint vite ses limites mécaniques quand la portée dépasse quatre à cinq mètres.
- Lamellé collé : plus rigide et plus stable, il accepte des sections plus fines pour une même charge et réduit le risque de flèche ; son coût et ses délais de fabrication peuvent toutefois alourdir le budget.
- Bois composite : très léger, il limite les charges permanentes sur l’ossature existante et autorise de grandes portées, mais demande des connecteurs adaptés et n’est pas toujours esthétique lorsqu’il reste apparent.
À ces critères mécaniques s’ajoutent le budget, l’esthétique et la facilité d’approvisionnement, autant de paramètres qui guident le maître d’ouvrage vers la typologie de solives la plus pertinente pour son projet.
La section d’une solive se trace à la règle mais se ressent surtout sous les pas lorsque le plancher demeure immobile. Armés de ces repères les passionnés de rénovation disposent désormais du meilleur allié pour conjuguer charme du bois et exigence de sécurité. Il ne reste qu’à sortir ruban et crayon afin d’offrir à chaque future pièce l’assise silencieuse qu’elle mérite.









